Allergie aux Venins d’Hyménoptères : la Désensibilisation la plus efficace

Tous les hyménoptères (abeilles, guêpes, frelons…) munis d’un dard peuvent piquer un animal. Le comportement de certains animaux – chiots, chiens à la chasse, animaux curieux – peut les amener au contact de ces insectes. Si les conséquences de ces piqûres sont généralement bénignes, certaines peuvent être à l’origine de réactions allergiques graves et  d’autres par leur localisation (larynx) ou leur multiplicité compromettre le pronostic vital. Ces accidents sont rares ou du moins rarement rapportés dans la littérature médicale vétérinaire (1-5). Le diagnostic est fait la plupart du temps par  le propriétaire qui a assisté à la piqûre.

Allergènes

Les venins d’abeille, de guêpe et de frelon sont des mélanges de substances toxiques et allergisantes. Les principaux composants immunogènes sont l’antigène 5 (25 kD), des phospholipases et la hyaluronidase. Cette dernière étant présente dans tous les venins, son dosage est à la base de la standardisation de ces extraits allergéniques. Il existe peu ou pas de réactions croisées entre les venins d’abeille et guêpes.

Les effets toxiques ou pharmacologiques sont très variés et permettent de comprendre la symptomatologie lors de piqûres multipes. Ainsi la mélitine du venin d’abeille a une activité curarisante et hémolytique, l’apamine est un puissant neurotoxique et le MCD  peut provoquer la dégranulation des mastocytes en l’absence de toute stimulation antigénique.

L’utilisation en médecine humaine de venins purifiés a permis de faire des progrès spectaculaires dans le traitement préventif des accidents allergiques dus aux piqûres d’hyménoptères. L’immunothérapie à l’aide de ces venins connaît un taux de succès de l’ordre de 95% chez l’homme (6). Chez le Chien, il est possible que les mêmes allergènes soient mis en cause, les extraits de venins à usage humain s’avérant tout-à-fait satisfaisants tant en diagnostic qu’en thérapeutique (1, 2).

Diagnostic

Cliniquement il est difficile de différencier les accidents toxiques des accidents immunologiques lorsqu’il s’agit de réactions localisées: érythème, œdème, douleur. Lors de réaction générale, les symptômes sont différents s’il s’agit d’une réaction toxique ou allergique.

L’anamnèse est un élément majeur du diagnostic. Le propriétaire rapporte l’existence d’une piqûre d’insecte et a souvent fait la diagnose d’espèce. Dans ce cas, le diagnostic allergologique a surtout pour but de faire la part entre réaction toxique et réaction allergique, afin de savoir s’il est utile de mettre en place une immunothérapie spécifique.

Les tests allergologiques ne sont indiqués que si, lors de l’accident, le pronostic vital est en jeu. Leur mise en œuvre n’a pour but qu’un choix thérapeutique. Ils se font au moins deux mois après l’accident allergique. On utilise des venins purifiés standardisés dans les mêmes conditions que chez l’homme, aux mêmes concentrations: de 1 µg/ml à 0,1 ng/ml, soit 5 dilutions sériées de raison 10.

Intradermoréactionsde lecture immédiates positives au venin d'abeille - A (négatives au venin de guêpe -G)

Intradermoréactions de lecture immédiate positives au venin d’abeille – A (négatives au venin de guêpe -G)

La sensibilité et la spécificité de ces intradermoréactions sont de l’ordre de 80 à 90%. Sur le peu de cas recensés, les monosensibilisations sont de règle.

Traitement

Traitement de la crise

Lors de réaction locale, l’application d’anti-inflammatoires peut être indiquée. Lors de réaction étendue ou généralisée, si l’on intervient très tôt l’administration d’adrénaline par voie SC ou IM est indiquée (ex : Epipen®).

Immunothérapie spécifique (désensibilisation)

C’est dans ce type d’allergie que l’on observe les meilleurs résultats chez l’homme (près de 100% de réussite !). Les mécanismes sont mieux connus et l’intervention d’anticorps bloquants est ici très probable, tant la synthèse d’IgG est de bon pronostic(7).

Elle est en pratique réservée aux seuls cas graves, où la vie de l’animal peut être en danger lors de piqûre.

On effectue une désensibilisation ultraccélérée en 6 heures, qui nécessite une seule journée d’hospitalisation. Les doses sont doublées toutes les demi-heures pour arriver à une injection finale de 100 µg de venin. Des réactions syndromiques peuvent être observées quand les doses injectées dépassent 50 µg.

La dose d’entretien de 100 µg de venin est injectée tous les mois pendant toute la vie de l’animal.

 

1.            Prélaud P. Allergologie canine. Paris: Masson-PMCAC; 2008.

2.            Boord MJ, Griffin CE, Rosenkrantz WS, editors. Sensitivity to hymenoptera venom before and after hymenoptera immunotherapy. Prc. AAVD; 2005.

3.            Cowell AK, Cowell RI. Management of bee and other hymenoptera stings. In: Bonagura JD, Kirk RW, editors. Kirk’s Current Veterinary Therapy XII. Philadelphia: Saunders; 1995. p. 226-7.

4.            Cowell AK, Cowell RI, Tymer RD, Nieves MA. Severe systemic reactions to hymenoptera stings in three dogs. JAmerVetMedAssn. 1991;198:1014-6.

5.            Wysoke JM, VanDen Berg PB, Marchall C. Bee sting-induced haemolysis and neural dysfunction in three dogs. TvdskrSAfrVetVer. 1990;61:29-33.

6.            Paupe G, Paupe J. Allergie aux piqûres d’hyménoptères. In: Paupe J, Scheinmann P, De Blic J, editors. Allergologie Pédiatrique. 2 ed. Paris: Flammarion Médecine Sciences; 1994. p. 484-501.

7.            Sicherer SH, Leung DY. Advances in allergic skin disease, anaphylaxis, and hypersensitivity reactions to foods, drugs, and insects. J Allergy Clin Immunol. 2007 Apr 3.

 

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